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J-4 : Prendre du temps pour soi

Ce qui me préoccupe en ce moment n’est pas mon opération. C’est la réadaptation. Je souhaite être capable de prendre le temps qu’il faut pour me rétablir. Et ce n’est pas seulement en lien avec mon implant cochléaire.

Je m’explique.

Il y a deux ans, avant d’avoir mon épuisement professionnel et de communication, je ne m’étais jamais arrêté pour prendre soin de ma santé. Ma candidature au programme d’implant cochléaire a été envoyée en début d’année 2018.

En attendant un retour, j’ai entrepris des démarches pour accepter ma surdité. J’ai aussi fait des suivis pour ma santé en général. Pour avoir plus de disponibilités pour des rendez-vous avec les professionnels impliqués, j’ai ralenti les activités de mon entreprise.

Puis, le 22 janvier 2019, j’ai reçu l’acceptation de ma demande. On m’a informé que l’opération n’aurait pas lieu avant plusieurs mois. Il y aurait aussi un mois d’attente entre la proposition d’une date et la chirurgie.

À partir de ce moment, je me suis donné de la pression pour avancer différents projets.

En cours de route, toutefois, je me suis épuisée à nouveau. Notamment parce que j’étais dans l’inconnu et que je ne prenais pas le temps pour absorber toutes les nouvelles informations transmises par les professionnels de la santé. Et je ne vous le cacherai pas, sur le plan professionnel, je l’ai vu comme un échec. Je n’avais jamais vécu ce type d’épreuve. Il m’a fallu plusieurs mois pour comprendre que les démarches que je faisais sur le plan personnel allaient m’aider pour la suite de mon parcours d’entrepreneure.

Maintenant, je sais que prendre soin de moi et m’adapter à ma nouvelle audition me demandera beaucoup d’énergie. Tant sur le plan physique que psychologique. C’est le plus beau cadeau que je puisse m’offrir.

J-5 : Ma voix

Ma surdité de naissance fait en sorte que le son de ma voix et ma prononciation comportent certaines caractéristiques. Sans m’en rendre compte, je peux parler très fort tout comme très bas. Et lorsqu’on me demande de m’ajuster, je fais de mon mieux. Je me sens toutefois incomprise quand une personne insiste davantage après un premier essai. J’ai tendance à ne pas vouloir poursuivre la discussion et à me renfermer.

D’ailleurs, en 2016, une personne m’a déjà dit que ma voix n’était pas radiophonique après avoir écouté le deuxième épisode de mon premier podcast. Selon elle, il était préférable que je me concentre sur la rédaction d’articles au lieu de prendre le micro. J’avais déjà fait plusieurs conférences publiques et c’était la première fois que je recevais ce type de commentaire. Je savais qu’il ne fallait pas y accorder de l’importance. Il reste qu’il m’a découragé puisque je n’ai jamais entendu le vrai son de ma voix. Ne voulant pas nuire à ma crédibilité, j’ai décidé de mettre sur pause mon podcast.

Par chance, l’année suivante, une opportunité s’est présentée. Je suis devenue co-animatrice d’une émission de radio sur les ondes de CKRL 89,1. Et, quelques mois plus tard, je me suis retrouvée seule à la barre de l’émission. Faire de la radio est différent que de donner une conférence ou encore une formation. Il m’a fallu plusieurs semaines pour m’adapter.

Ainsi, avec le temps j’ai appris à contrôler le son de ma voix et améliorer mes capacités expressives. En acceptant davantage ma surdité depuis 2018, j’ai aussi compris que la particularité de ma voix fait partie de moi. Elle me rend unique.

J-6 : Le pouvoir de la lecture labiale

Depuis toujours, pour compléter ce que je n’ai pas entendu, j’utilise la lecture labiale. C’est mon super pouvoir. Par contre, c’est beaucoup de concentration. Certaines lettres se ressemblent et ne peuvent être lues sur les lèvres. Pour deviner le sens d’une phrase, j’utilise donc le contexte. Et pour que la lecture labiale soit efficace, la personne en face de moi doit parler clairement, être dans un endroit éclairé et éviter de s’exprimer de façon exagérée.

C’est ce qui explique pourquoi j’ai de la difficulté à suivre une discussion autour d’un feu, comprendre ce que dit mon dentiste lorsqu’il porte un masque, saisir les paroles d’une chanson ou encore écouter une personne au téléphone.

Enfin, bien que les résultats varient beaucoup d’une personne à l’autre, je sais que mon implant cochléaire me permettra de réduire mes efforts de concentration. Grâce à cette technologie, je serai en mesure de comprendre des mots ou des phrases sans l’aide de la lecture labiale. Pour y parvenir, toutefois, beaucoup de travail m’attend. Je devrai m’adapter aux nouveaux sons et faire différents exercices. Mon plus grand souhait ? Comprendre l’anglais. En ce moment, j’éprouve encore de la difficulté. Je manque aussi de pratique. Ce me motive à y parvenir, toutefois, c’est que plusieurs personnes malentendantes de mon entourage sont bilingues. Voir trilingues. J’ai très hâte de voir comment mon implant cochléaire pourra m’aider à ce niveau.

J-7 : L’importance de s’entourer

Pendant plusieurs années, je n’ai pas eu de contact avec des personnes sourdes et malentendantes.

Dès le début de l’année 2018, il m’est apparu normal de bien m’entourer pour avancer dans l’acceptation de ma surdité. Tout en continuant d’échanger avec Audrey – celle qui m’a convaincue d’avoir un implant cochléaire – j’ai invité chez moi des personnes que j’ai connues durant mon enfance grâce à l’AQEPA Québec Métro( Allô Rachel et Vincent ).

J’ai ensuite rejoint des groupes Facebook dans lesquels j’ai posé des questions pour mieux comprendre mes défis au quotidien. J’ai consulté plusieurs professionnels de l’audition ( Merci I.R.D.P.Q. et Beltrami ).

Je me suis impliquée avec l’Association des personnes avec une déficience de l’audition.

J’ai rejoint le conseil d’administration de l’Association des implantés cochléaires du Québec.

Et, finalement, en partageant ouvertement mon cheminement sur les médias sociaux, je suis entrée en contact avec différentes personnes qui m’ont aussi aidée – sans le savoir – à renouer avec ma surdité pour mieux me réaliser. Que ce soit par nos échanges ou encore en constatant par moi-même tout ce qu’elles ont accompli malgré leur handicap. ( Allô Marika, Myriam, Karelle, Samuel, Patrice, Cath, Alexandra, Marjorie, Justin, Marie-Andrée, Véro, Déreek, Jeanne, les membres de l’APDA, etc ).

Pour avancer, il faut s'entourer

J’ai également fait la connaissance de Karine et Gabrielle avec qui je prévois échanger tout au long de ma réadaptation. Karine a eu son opération le 13 août 2019. Gabrielle aura la sienne le 12 septembre 2019. Même si nous nous connaissons que virtuellement, je suis contente de savoir qu’elles seront disponibles pour m’aider à cheminer dans cette nouvelle étape de ma vie.

J-8 : L’impact du Web dans mon parcours

À l’âge de 18 ans, j’avais de la difficulté à me trouver du travail dans le domaine des communications. Les raisons étaient souvent les mêmes. Je manquais d’expérience. J’avais de la difficulté à m’exprimer et à communiquer. Mes notes scolaires n’étaient pas les meilleures. Je sentais aussi un blocage de la part des employeurs lorsque je mentionnais ma surdité. C’est donc à partir de ce moment que le Web m’est apparu comme une deuxième porte d’entrée. Je me disais que si les employeurs n’étaient pas intéressés à ma candidature, j’allais faire valoir autrement mes talents. J’étais déterminée à montrer ce que j’étais en mesure d’accomplir et par le fait même capable d’offrir. Et ce, en me limitant à dire que j’étais malentendante. Je ne voulais pas parler de mes défis au quotidien puisque j’avais peur du regard des autres. Tout comme perdre des opportunité

En 2003, j’ai obtenu mes premiers contrats grâce à des annonces que je diffusais dans des forums de discussion. En 2005, pour prendre ma place dans le monde des affaires, j’ai commencé la rédaction d’articles de blogues dans lesquels je partageais mes réflexions et mon cheminement en tant que jeune entrepreneure. À ce moment, j’étais l’une des premières blogueuses québécoises à parler d’entrepreneuriat. Puis, avec le temps, grâce à ma forte présence sur les médias sociaux, mes contenus ont été repérés par des recherchistes qui m’ont contactée pour intervenir dans différents médias. Des entreprises m’ont également mandatée pour rédiger des articles sur leurs blogues, animer leurs médias sociaux, donner des conférences, des formations et même de la consultation.

Ainsi, grâce au Web, j’ai réussi à bâtir ma crédibilité en mettant en avant plan mes expériences et compétences. Mon parcours aurait-il été différent si j’avais parlé davantage de ma surdité ? Je me le demande souvent. Chose certaine, en parler comme je le fais aujourd’hui me permet d’être la meilleure version de moi-même.